Imaginez un agréable barbecue dans votre jardin ou un bain éclairé à la lueur des chandelles. Qu’ont ces deux scénarios en commun ? La nécessité d’un briquet. Ce petit objet dont on ne mesure souvent pas l’importance historique. À l’école, les programmes couvrent l’histoire des présidents, des grandes batailles, des rois et des figures historiques — mais l’histoire du briquet, cet outil qui a traversé les siècles et révolutionné notre manière d’accéder au feu, est rarement enseignée. Considérez cet oubli réparé.
Avant le Briquet : Silex, Amadou et Pyrite
L’histoire des briquets et des allumettes a eu une influence notable dans plusieurs domaines : la publicité, la technologie, et même lors des conflits mondiaux. Leur évolution commence bien avant leur invention, dès l’ère paléolithique, lorsque l’Homo erectus découvre le feu. Cette maîtrise a marqué un tournant crucial pour la survie et le développement de notre espèce. Les premiers outils d’allumage étaient le silex frappé contre de la pyrite, et l’amadou — champignon Fomes fomentarius séché et battu — pour recueillir l’étincelle en braise. Cette technique a traversé des millénaires pratiquement inchangée.
1823 : La Lampe de Döbereiner, Premier Briquet Moderne
En 1823, Johann Wolfgang Döbereiner a marqué un tournant significatif dans l’histoire de l’allumage en inventant le premier briquet, appelé la « lampe de Döbereiner ». Ce dispositif ne ressemblait guère aux briquets modernes que nous utilisons aujourd’hui. Au lieu d’un mécanisme compact et portable, la lampe de Döbereiner était relativement encombrante et complexe, souvent montée sur une base stable pour éviter les accidents.
Son fonctionnement reposait sur une réaction chimique entre le zinc et l’acide sulfurique, qui produisait de l’hydrogène. Ce gaz était ensuite dirigé vers une source de platine spongieux, catalysant la combustion et produisant une flamme. Bien que révolutionnaire pour son époque, ce briquet était difficile à utiliser et dangereux — réservé aux laboratoires et aux foyers aisés. La lampe de Döbereiner fut néanmoins un succès commercial considérable, avec plus d’un million d’unités vendues dans les années 1820.
Malgré ces défis, la lampe de Döbereiner a ouvert la voie à d’autres innovations dans le domaine des briquets et a posé les bases des développements futurs qui conduiraient aux briquets plus sûrs et plus pratiques que nous connaissons aujourd’hui.
La Première Allumette
En ce qui concerne les allumettes, leur histoire commence avec le chimiste français Jean-Louis Chancel, qui développe la première allumette au phosphore. Bien que difficile à allumer et produisant une fumée épaisse et malodorante, cette innovation a posé les bases des futurs développements dans le domaine des dispositifs d’allumage.
Une Allumette par Friction
En 1826, l’inventeur anglais John Walker a développé une allumette capable de s’enflammer par friction. Malheureusement, Walker n’a pas breveté sa découverte, laissant ainsi une opportunité pour d’autres d’exploiter son invention. C’est le cas de Samuel Jones, un entrepreneur qui a repris l’idée de Walker et l’a commercialisée sous le nom de « Lucifers », quelques années seulement après la création de Walker.
La conception des allumettes a continué à évoluer et, en 1892, l’Américain Joshua Pusey a breveté la boîte d’allumettes. Son invention, bien que pratique, était volumineuse car elle ressemblait plus à un carnet qu’à une boîte. Voyant le potentiel de ce brevet, la Diamond Match Company l’a acheté et a fait des modifications pour vendre les allumettes dans un format plus compact et pratique, ce qui a permis une distribution à grande échelle. L’ère du marketing a vu les allumettes devenir un support de choix pour les marques, avec en 1902 la création des premières allumettes de marque par la Pabst Brewing Company.
1903 : Invention du Ferrocérium
En 1903, l’innovateur autrichien Carl Auer von Welsbach a obtenu un brevet pour une de ses inventions les plus marquantes : le ferrocérium. Il s’agit d’un alliage synthétique composé à 70 % de cérium et 30 % de fer qui, lorsqu’il est gratté ou frappé, produit des étincelles intenses. Cette découverte fut révolutionnaire car elle permit d’améliorer significativement la fiabilité et l’efficacité des briquets.
Communément désigné sous le terme de « pierre à briquet » ou « silex » dans le langage courant, cet alliage a contribué à l’avènement des briquets portables que nous connaissons aujourd’hui. Avant cela, les briquets étaient souvent volumineux et peu pratiques. Avec le ferrocérium, von Welsbach a rendu possible la création de briquets compacts, portables et capables de produire une flamme de manière fiable en toutes circonstances.
Sans le ferrocérium d’Auer von Welsbach (1903), ni Zippo, ni BIC, ni Ronson n’auraient existé. Tout briquet à molette lui doit son étincelle.
1910 : Le Premier Briquet Fantaisie
En 1910, Louis Aronson, le fondateur de Ronson Lighters, a introduit une innovation sur le marché des briquets avec la création du premier briquet fantaisie, le « Pist-O-Liter ». Cette pièce unique était conçue pour ressembler à un pistolet à long canon, intégrant la fonctionnalité d’un briquet dans un objet qui évoquait l’esthétique d’une arme à feu du XIXe siècle. La gâchette, lorsqu’elle était pressée, actionnait l’ignition et produisait une flamme.
Ce design novateur ne se contentait pas d’être fonctionnel ; il visait également à susciter l’intérêt et la conversation, transformant l’objet du quotidien en un véritable sujet de curiosité. L’approche d’Aronson en matière de conception a ouvert la voie à une multitude de briquets fantaisie, où la forme et la fonction se rencontrent pour créer des objets à la fois pratiques et esthétiques.
1914-1918 : Le Briquet de Tranchée
Durant la Première Guerre mondiale, les soldats sur le front ont fait preuve d’une ingéniosité remarquable en matière de survie. Une de leurs créations les plus notables a été la transformation de douilles de balles usagées en briquets. Ces briquets improvisés offraient un avantage tactique significatif par rapport aux allumettes traditionnelles : les allumettes produisaient une grande étincelle visible de loin, pouvant trahir la position d’un soldat dans l’obscurité. Les briquets fabriqués à partir de douilles étaient non seulement plus discrets, mais aussi réutilisables et résistants aux éléments difficiles du front.
Ces briquets faits main sont devenus des objets de collection et de souvenir, témoignant de la résilience et de la débrouillardise des soldats. Aujourd’hui, des répliques de ces briquets sont disponibles comme objets de collection ou de commémoration.
1926 : Le Banjo de Ronson, Pionnier de l’Automatique
En 1926, Ronson Lighters a marqué un tournant dans l’histoire de la technologie des briquets avec l’introduction du briquet automatique « Banjo », conçu par Louis V. Aronson. Ce modèle se distinguait par son design innovant et sa facilité d’utilisation. Son apparence argentée et sa forme inhabituelle ont inspiré son surnom de « Banjo » chez les collectionneurs.
Le fonctionnement du Banjo était simple et efficace : une simple pression sur un bouton permettait d’allumer la flamme, et la relâcher éteignait le briquet. Cette mécanique intuitive était résumée par le slogan : « Poussez, il est allumé ; relâchez, il est éteint. » La popularité du Banjo a consolidé la réputation de Ronson en tant que leader innovant dans l’industrie des accessoires pour fumeurs.
1928 : Colibri, le Semi-Automatique Élégant
En 1928, Julius Lowenthal fonde Colibri à Dresde et révolutionne le marché avec le premier briquet semi-automatique commercial. Le mécanisme de ces briquets permettait une allumage plus rapide et plus facile que les modèles manuels traditionnels : l’utilisateur actionne une commande qui ouvre le capot et produit une flamme, le tout en un seul mouvement. En 1935, Colibri pousse l’innovation jusqu’au briquet entièrement automatique avec le modèle « Monopol ».
Ces briquets sont particulièrement appréciés par les amateurs de cigares, pour qui la facilité d’utilisation et la fiabilité sont primordiales. Colibri a réussi à maintenir une position de leader dans le secteur grâce à son engagement constant en faveur de l’innovation et de l’excellence.
1932 : Zippo, Symbole Américain de Robustesse
En 1932, en Pennsylvanie, George Blaisdell a fondé la marque Zippo, qui allait devenir célèbre pour ses briquets robustes et fiables. Blaisdell a été inspiré par un modèle de briquet autrichien, mais il a cherché à améliorer son design pour le rendre plus pratique et maniable. Le résultat fut un briquet qui pouvait être utilisé d’une seule main et qui résistait au vent — une innovation qui a rapidement séduit les consommateurs.
Les briquets Zippo sont rapidement devenus emblématiques, non seulement pour leur durabilité et leur fiabilité mais aussi pour leur design distinctif qui permettait une personnalisation facile. Avec leur couvercle caractéristique à charnière et leur son « clic » reconnaissable, les Zippos ont conquis un large public, allant des militaires en service aux collectionneurs et utilisateurs quotidiens. Leurs briquets sont toujours fabriqués en Pennsylvanie, avec une garantie à vie : tout briquet défectueux est réparé gratuitement, sans limite de date.
1948 : Le Premier Briquet à Gaz de Poche
En 1948, le Français Marcel Quercia (marque Flaminaire) invente et commercialise le premier briquet à gaz de poche : le Crillon. Contrairement aux briquets à essence de l’époque, il utilise du butane liquéfié — invisible, sans odeur, sans résidu. Le modèle de table s’appelle Gentry. Cette invention marque le passage du briquet-outil artisanal au briquet industriel de masse, et pose les bases de tous les briquets à gaz qui domineront le marché à partir des années 1960.
Allumage Piézoélectrique et le Premier Jetable
À la fin des années 1950, l’innovation a marqué l’univers des briquets avec l’introduction des modèles piézoélectriques. Ces dispositifs utilisaient un marteau à ressort qui frappait des cristaux de quartz pour générer une étincelle, éliminant ainsi le besoin de pierre à feu traditionnelle.
La décennie suivante a vu une autre avancée majeure avec l’invention du premier briquet jetable par la société française Feudor en 1961. Initialement nommé « Le Bâton », ce briquet a gagné en popularité jusqu’à être acquis par Gillette et rebaptisé « Le Criquet ». Ce changement de nom marquait une nouvelle ère pour les briquets jetables, qui devenaient un produit de consommation courante.
Durant les années 1960 et 1970, en pleine guerre du Vietnam, les soldats américains adoptèrent les briquets Zippo comme un moyen d’expression personnelle, gravant des slogans et des motifs qui reflétaient leurs convictions. Ces Zippos n’étaient pas seulement des outils, mais de véritables symboles personnels. L’histoire raconte même qu’un Zippo a sauvé la vie d’un soldat en arrêtant une balle.
1973 : BIC, Premier Briquet Jetable Économique
En 1973, l’entreprise BIC a révolutionné le marché avec la création du premier briquet jetable économique, accessible à un large public. Disponible initialement en un nombre limité de couleurs, ce briquet combinait praticité et accessibilité, répondant ainsi aux besoins quotidiens de millions de personnes.
En 1996, BIC a introduit la molette dotée d’un dispositif de sécurité pour enfants. Cette innovation répondait à une préoccupation croissante quant à la sécurité des briquets à la maison, réduisant considérablement les risques d’accidents chez les plus jeunes.
2002 : Le Briquet Long
En 2002, BIC a lancé un produit spécialement conçu pour les amateurs de barbecue : le briquet long BIC. Cet outil, allongé et pratique, s’est avéré être également idéal pour allumer des bougies, surtout celles dont la mèche est presque terminée et difficilement accessible avec un briquet standard. Ce briquet long de cuisine, avec son manche étendu, permet d’atteindre des endroits étroits et éloignés.
Pour célébrer le 40ème anniversaire de l’entreprise en 2013, BIC a organisé le concours « Best of You » destiné à ses fidèles fans. Les 11 meilleures créations ont été sélectionnées pour figurer dans une série spéciale anniversaire, permettant ainsi aux gagnants de voir leurs designs distribués à grande échelle.
Le Briquet Électrique à Arc Plasma
Vers 2015, une campagne de financement participatif a permis le développement d’un nouveau type de briquet : le briquet électrique à arc plasma. Ce dispositif utilise une haute tension électrique entre deux électrodes en céramique pour créer un arc de plusieurs milliers de degrés — sans flamme, sans gaz, sans combustible liquide. Résistant au vent, rechargeable via USB, il représente l’avancée technologique la plus nette depuis l’allumage piézoélectrique des années 1950.
En 2019, les nouveaux modèles rechargeables via USB se sont dotés de grands écrans LED sur leur face avant, offrant une interface utilisateur modernisée et des fonctionnalités améliorées. Ces briquets technologiquement avancés reflètent l’adaptation continue des accessoires du quotidien aux besoins contemporains.
Voir aussi : Les différents types de briquets — Briquet de tranchée et briquet à amadou — Comment fonctionnent les briquets électriques.
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